Dans la même rubrique :

Marguerite Duras

Publié le jeudi 25 mai 2006

Née à Saigon en 1914, morte à Paris en 1996.

Marguerite Duras a situé à Vitry son roman "La pluie d’été" (1990). C’est déjà là qu’elle avait tourné son dernier film, "Les enfants" (1984), dont il est issu.
Vitry, décrite comme une ville vidée de tout ce qui fait une ville, sorte de territoire en lambeaux avec, çà et là, des îlots secrets où l’on survit. Ville emblématique, ville inventée, à l’image de Nevers, Hiroshima ou Calcutta... " Pendant quelques années, le film est resté pour moi la seule narration possible de l’histoire. Mais souvent je pensais à ces gens, ces personnes que j’avais abandonnées. Et un jour j’ai écrit sur eux à partir des lieux du tournage de Vitry. (...)
Tout en écrivant le livre, j’ai fait une quinzaine de voyages à Vitry. Presque toujours, je m’y suis perdue. Vitry est une banlieue terrifiante, introuvable, indéfinie, que je me suis mise à aimer. C’est le lieu le moins littéraire que l’on puisse imaginer, le moins défini. Je l’ai donc inventé. Mais j’ai gardé les noms des musiciens, celui des rues. Et aussi la dimension tentaculaire de la ville de banlieue (...), dans son imnensité. (...) J’oublie : la Seine, je l’ai gardée, elle est toujours présente, toujours là, superbe, le long des quais désormais nus. (...) La nuit on a peur parce que les quais sont déserts. (...) J’oublie encore : les noms des enfants je ne les ai pas inventés. Ni l’histoire d’amour qui court tout au long du livre.
J’oublie aussi : le port s’appelle vraiment le Port-à-l’Anglais. La Nationale 7 est la Nationale 7. L’école s’appelle vraiment l’école Blaise Pascal. Le livre brûlé, je l’ai inventé. "
Le roman raconte l’histoire d’une famille de Vitry-sur-Seine. Un père et une mère immigrés et leurs sept enfants : Ernesto, Jeanne, les brothers et les sisters. Un jour, Ernesto trouve un livre brûlé et découvre qu’il sait lire alors qu’il n’a jamais appris. Cette connaissance interroge, inquiète, perturbe. À force de comprendre sans apprendre, le petit garçon sait beaucoup... “M’man, je retournerai pas à l’école parce que à l’école on m’apprend des choses que je sais pas.”
Autour d’eux, la société et tout ce qui la fait tenir : Dieu, l’éducation, la famille, la culture...

La pluie d’été

(...)
Les parents, c’étaient des étrangers qui étaient arrivés à Vitry, depuis près de vingt ans, plus de vingt ans peut-être. Ils s’étaient connus là, mariés là, à Vitry. De carte de séjour en carte de séjour, ils étaient encore là à titre provisoire. Depuis, oui, très longtemps. Ils étaient des chômeurs, ces gens. Personne n’avait jamais voulu les employer, parce qu’ils connaissaient mal leurs propres origines et qu’ils n’avaient pas de spécialité. C’est à Vitry aussi que leurs enfants étaient nés. Grâce à ces enfants ils avaient été logés. Dès le deuxième, on leur avait attribué une maison dont on avait arrêté la destruction, en attendant de les loger dans un HLM. Mais ce HLM n’avait jamais été construit et ils étaient restés dans cette maison, deux pièces, chambre et cuisine, jusqu’à ce que - un enfant arrivant chaque année - la commune ait fait construire un dortoir en matériau léger séparé de la cuisine par un couloir. Dans ce couloir dormaient Jeanne et Ernesto, les aînés des sept enfants. Dans le dortoir les cinq autres.
Le problème de la scolarisation des enfants ne s’était jamais sérieusement posé ni aux employés de la mairie ni aux enfants ni aux parents. Une fois ceux-ci avaient bien demandé qu’un instituteur se déplace jusqu’à eux pour enseigner à leurs enfants mais on avait dit : quelle prétention et puis quoi encore. Voilà, ça s’est passé comme ça. (...)
Ernesto était censé ne pas savoir encore lire à ce moment-là de sa vie et pourtant il disait qu’il avait lu quelque chose du livre brûlé. (...)
Ernesto disait que c’était vrai, qu’il ne savait pas comment il avait pu lire sans savoir lire. Il était lui-même un peu troublé. (...)
Après, l’instituteur était venu voir les parents pour leur dire d’envoyer Ernesto à l’école et sa sœur aussi, qu’ils n’avaient pas le droit de garder à la casa des enfants aussi intelligents et qui avaient une telle soif de connaissance. (...)
La mère avait dit (...) qu’un jour ou l’autre tous seraient séparés de tous et pour toujours. Que d’abord, entre eux, tôt ou tard il se produirait des séparations isolées. Et qu’ensuite, ce qui en resterait, à son tour se volatiliserait. Voilà, c’était la vie ça (...) voilà, seulement la vie, rien d’autre que ça. Que quitter les parents ou aller à l’école c’était pareil.
Ernesto était donc allé à l’école municipale Blaise Pascal de Vitry-sur-Seine.
Pendant dix jours Ernesto avait écouté l’instituteur avec une grande attention. Il n’avait pas posé de questions.
Et puis dans la matinée du dixième jour (...) Ernesto était revenu à la casa. (...)

Folio n° 2568


Pour en savoir plus

http://www.benoitjacob-editions.fr/

http://www.france.diplomatie.fr/label_france/FRANCE/LETTRES/DURAS/duras.html

http://Duras.iFrance.com (photos, bibliographie, quelques textes)

http://perso.wanadoo.fr/yb (site de Yann Bouttémy. Lecture d’un extrait de Hiroshima mon amour, plus entretienau téléphone de Marguerite Duras, émission sur Radio Ici & Maintenant du 23-11-1992).

http://www.dialogus2.org/duras. Lecture d’un extrait de Hiroshima mon amour, plus intervention (au téléphone) de Marguerite Duras, émission sur Radio Ici & Maintenant du 23-11-1992).

http://www.dialogus2.org/duras.html


JPEG - 22.8 ko
Marguerite Duras
JPEG - 35.4 ko
Folio/Gallimard
JPEG - 14.1 ko
Folio/Gallimard
JPEG - 10.9 ko
Marguerite Duras

SPIP | Espace privé | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0